Telle mère, telle fille






Caroline et Kate sont mère et fille. Kate a 13 ans et possède Doudou depuis qu’elle est toute petite.
C’est un sweat-shirt en velours brun, à rayures blanches, de chez Zara. Sur leurs albums photo du Canada,
on peut y voir Kate dans son pull. Sur les autres, elle ne le porte plus, mais il est toujours à côté d’elle.
Au départ c’était un simple vêtement. Avec le temps c’est devenu un doudou. Sa mère ne se souvient
pas de cette transition, mais elle suppose que c’est elle qui a induit cette utilisation car sa fille aimait ce doux
textile. Kate dort toutes les nuits avec Doudou. Chez ses copines, en voyages et même en camps de scouts.
Quand elle ne sait pas où il est, elle n’arrive pas à dormir. « Ça fait vide ». Elle ne l’a jamais perdu.
Peut-être grâce à sa mère, car elle aussi a un doudou. Et elle sait quelle souffrance cela peut être de le perdre.
Du coup, elles vérifient toujours ensemble si l’une ou l’autre ne l’a pas oublié.




Le doudou de Caroline, lui, a 50 ans. Aujourd’hui il n’a plus beaucoup de forme, mais à l’origine
c’était une couverture de nouveau né. Le jour de la naissance de Caroline, sa grand-mère est venue
à la maternité et a apporté cette couverture à sa fille. « Une belle couverture toute douce en laine ».
Caroline l’appelle Ma Dodo. Elle ne s’est jamais séparée de ce tissu qu’elle a depuis le premier jour
de son existence. Elle est née avec et a beaucoup voyagé avec. Ma Dodo a connu tous les petits copains
de Caroline et a assisté à son mariage. « C’est le témoin d’une vie ».




Si aujourd’hui elle imagine que c’est une chose « organique, presque vivante », autrefois le doudou
a été entretenu et réparé à plusieurs reprises. Elle l’a aussi beaucoup perdu, mais ses parents
étaient à chaque fois prêts à faire des kilomètres pour aller rechercher sa Dodo.
Lorsqu’elle avait été oubliée trop loin, ils écrivaient des lettres pour la faire rapatrier.
Comme dans cet hôtel en Écosse dont les propriétaires lui avaient renvoyé la couverture par la poste.
À son avis, elle sera enterrée avec. Pour elle le doudou est quelque chose qui relie à la famille.
Aujourd’hui elle arrive à dormir sans. Quand elle voyage, essentiellement pour le travail, elle peut la laisser
à la maison, pour ses enfants. « Voilà ce qu’on devient quand on n’a pas de doudou » me dit Caroline
à la fin de l’interview, en me présentant Jack, son fils, tenant son pistolet. En plastique bien sûr.




Histoire précédenteHistoire suivante