Un souvenir de tendresse






Avant d’être son doudou, Babar était un pyjama, celui de Laurene, 24 ans. Elle se revoit dedans,
toute petite, et gratter l’imprimé « Babar » sur sa poitrine. Depuis, elle a gardé cette habitude,
même si elle ne rentre plus dedans. Pour s’endormir, elle le place « sur son cœur ».




Au départ, Babar faisait partie d’un binôme. Il y avait un pyjama rouge et un autre, vert. Secrètement,
Laurene a toujours préféré le rouge, mais elle ne voulait pas que l’autre, le vert, le sache. Du coup,
quand sa meilleure amie a changé de collège, elle n’a pas hésité à lui offrir le vert. Pour elle, il s’agissait
d’un cadeau de très grande valeur. Son père en fut d’ailleurs très étonné et lui a dit qu’elle était
« folle d’avoir fait ça ». Mais pour Laurene c’était la plus belle preuve d’amitié qu’elle pouvait faire.
Aujourd’hui elle ne voit plus cette amie, mais elle se demande si elle a gardé cet objet précieux.




Lorsqu’elle était enfant, Laurene aimait beaucoup les peluches. Avant de dormir elle les installait
toutes devant elle. Pour leur laisser de la place, elle devait dormir recroquevillée. Leur présence la rassurait
car elle pensait qu’elles prenaient vie pendant son sommeil. Aujourd’hui encore, elle peut avoir la même
pensée pour certains objets, même si elle sait que c’est faux.
Maintenant, quand elle prend son doudou, ça la rassure, ça lui rappelle son enfance.
« C’est un souvenir de tendresse quand tu quittes tes parents, ta famille ». Ce qu’elle préfère avec le sien,
c’est le toucher. Elle « le regarde avec les mains ». Pour Laurene, nous gardons tous notre enfant en nous.
Et parfois l’enfant prend le dessus sur l’adulte.

Quand elle a quitté le nid familial, elle a reçu une peluche lapin qui est devenue son nouveau doudou.
Pour elle, le Babar fait référence à son enfance. Le lapin, lui, l’a accompagnée dans cette transition
entre enfant et adulte, entre insouciance et responsabilités. C’est l’objet de l’émancipation.
Elle partage aussi ce lapin avec sa chatte qui a pour habitude de le pétrir avant de se coucher.
Parce qu’il n’y a pas que les humains qui ont besoin de gratter leur doudou pour s’endormir.
Certains animaux aussi.