L’odeur du souvenir






Dans son enfance, Luckas avait un nounours qui, selon lui, représentait bien plus qu’une simple peluche.
C’était un grand ours rouge, que sa mère avait revêtu avec un des pyjamas de son fils.
Lorsqu’il avait passé une mauvaise journée, il pouvait se précipiter dans sa chambre pour retrouver
son petit compagnon qui l’attendait sagement sur son lit. Sa présence était aussi réconfortante
que son odeur était relaxante. Lorsque Luckas était plus jeune, sa timidité l’a empêché de s’ouvrir
aux autres. Mais avec son ours il avait le sentiment qu’il pouvait être plus expressif.




Quand ses parents se sont séparés, ils se sont installés à plusieurs kilomètres de distance.
Deux week-ends par mois, Luckas prenait le train pour rendre visite à son père.
Heureusement, il avait son petit compagnon pour l’accompagner durant les voyages qu’impose la garde
alternée. Bien rangé dans ses bagages. Mais un jour, on lui a volé son sac à dos dans lequel il y avait
son cours d’histoire, et son doudou. Ce fut brutal. Il s’était alors dit qu’il était un grand garçon
et qu’à 11 ans il devait grandir sans. « C’est triste ».

Aujourd’hui il est encore parfois affecté par ce manque. Il aimerait pouvoir retrouver cette présence
et cette odeur. Pendant l’adolescence, il a fait une rencontre virtuelle avec celle qu’il considère aujourd’hui
comme sa meilleure amie. Après s’être affrontés lors d’un combat Pokemon, ils se sont donné rendez-vous
tous les soirs, pour jouer et discuter. Ils ne se sont vus qu’une seule fois dans la réalité.
Ce jour-là, elle avait tenu à lui offrir une peluche. Un petit lapin blanc, tout doux.
Depuis Luckas dort avec lui. Cet objet permet de combler le vide de cette distance physique
qu’il y a entre eux. Tout comme son ours rouge, ce lapin à une odeur. Celle de cette amie, de ce moment,
de l’endroit de leur rencontre. L’odeur du souvenir.