Génération doudous






Sophie à 23 ans et a trois doudous. Celui de son enfance et puis les nouveaux.
Pinpin(non pas le Panpan de Bambi, même si son nom vient de là), elle l’a depuis son enfance.
Offert par ses parents, il a été son premier doudou. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un lapin,
de la marque Noukie’s. Même s’il présente quelques traces d’usure et de saleté, n’ayant jamais été lavé,
c’est un doudou encore en très bon état. Sophie n’a jamais été agressive avec lui, « toujours très douce ».
Ses vêtements sont à peine délavés. D’ailleurs, en l’emportant à l’école pour notre interview
elle a pu l’observer sous un nouvel angle. Sorti de son contexte, c’est-à-dire son lit, elle a pu remarquer
que ses couleurs faisaient référence à son appartement, « il ressemble vraiment à chez moi ».
Des couleurs primaires et vives, qui font penser à l’enfance. Selon Sophie, il est aussi très important
qu’un doudou soit doux. De fait, le sien l’est puisqu’il est en velours. La légende dit (enfin ses parents)
qu’ils ont ajouté le grelot à l’intérieur après l’avoir acheté pour entendre Sophie quand elle bougeait.
Même si elle les a toujours crus, elle se demande finalement si tout cela est vrai. Quelques années plus tard,
ses parents ont tenté d’ôter le grelot, et pour cause : le doudou était trop bruyant.
Mais Sophie a refusé car, avec le temps, ce bruit était devenu important pour elle. Quand elle dort avec lui,
il semble prendre tout son sens, « c’est un humain ». Chaque nuit, il est blotti contre sa poitrine,
couché sur le ventre, la couverture tirée sur lui. Pinpin est un garçon car Sophie n’aime pas trop les filles.




Aujourd’hui il doit partager son lit avec deux nouveaux arrivants. Même si elle se sent toujours
« liée à lui par ce qu’ils ont vécu », elle considère qu’il s’apparente en premier lieu à son enfance.
Les deux autres avec lesquels Pinpin doit désormais partager l’intimité de Sophie sont des tee-shirts.
Il y en a un qui appartenait à son amoureux. L’autre est à un ami qu’elle a perdu récemment :
un tee-shirt avec un petit canard brodé sur le dessus. Elle l’a toujours trouvé très beau.
Sophie l’a récupéré chez les parents de cet ami, en France, dans le but de le porter. 
Mais finalement, elle s’est dit qu’elle le déposerait d’abord dans son lit, « juste pour l’avoir dans mon lit ».
Au fur et à mesure, elle l’a placé contre elle. Et tant que l’odeur ne sera pas partie, elle ne le portera
pas sur elle. « Peut-être dans 20 ans. » (Depuis notre interview, Sophie m’a écrit pour me dire
« qu’une vilaine machine à laver lui avait pris son odeur… ».)




Quoi qu’il en soit, chez Sophie, les doudous c’est une histoire de famille. Ses deux frères en ont eu un aussi,
et selon elle, tous les enfants en possèdent un. Même ses parents devaient en avoir un,
sinon cela lui paraîtrait étrange. Ou alors, serions-nous « une génération doudou » ?




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