Une histoire de tissus






Il y a quelques années, après le décès de sa mère, Tamara, 22 ans, a quitté Paris
pour suivre des études d’illustration à Bruxelles. Durant cet évènement aussi malheureux que bouleversant,
son doudou lui était d’un réconfort intense. Sa présence a pu la rassurer. Ce doudou était un sweat-shirt
qu’une amie lui avait offert à l’adolescence. Elle se souvient encore, après avoir déballé son cadeau
Brandy Melville, s’être dit qu’elle ne le porterait pas mais qu’elle dormirait avec.
Car elle était « tombée amoureuse de sa texture parfaite ». Avant ce sweat-shirt,
Tamara s’endormait avec les Tee-shirts de son père qui, selon elle, le représentaient plutôt bien.
Elle, ce qui l’intéressait c’était leur texture, leur odeur, leur confort… Mais le sweat-shirt Brandy Melville
était encore plus doux « encore mieux ». Dans son lit, avant de s’endormir, elle le sentait, le mettait autour
de son cou, en écharpe, ou le déposait sur ses yeux pour les protéger de la lumière.




Malheureusement, les chemins du sweat et de Tamara furent tragiquement séparés en novembre 2018.
En voyage au Sri Lanka avec son père et après de longues heures de vol puis, une trop courte nuit,
elle a probablement oublié son doudou dans le premier hôtel dans lequel ils ont séjourné.
Malgré avoir retourné la chambre d’hôtel, sollicité le guide touristique et appelé la réception,
elle ne l’a jamais retrouvé. Et même si son père tentait de la rassurer
en lui expliquant que « les doudous sont faits pour être perdus »,
Tamara en ressentait vraiment le besoin : ils étaient à l’autre bout du monde
et c’était le deuxième anniversaire du décès de sa mère.




À l’époque elle a pété les plombs et a vraiment beaucoup pleuré. Aujourd’hui, elle ne se remet
toujours pas de cette perte brutale pour lequel elle considère faire un véritable deuil.




Après cette épreuve, elle s’est dit « qu’il était temps d’arrêter les doudous ». Mais chassez le naturel,
il revient au galop ! Actuellement elle dort avec le Tee-shirt de son copain car « c’est une histoire d’odeurs ».
De manière générale, Tamara est attachée à tout ce qui rythme son quotidien : ses proches, certains objets,
des meubles, des souvenirs… Par exemple, elle conserve des « objets random », sans apparente signification.
Elle sait qu’ils sont là, et ça la rassure. Comme les gants de cuisine en tartan rouge de sa mère.
Son motif préféré aujourd’hui. Ou comme son lit. Elle voue « une passion inégalable pour les draps propres »
(et à carreaux !). Elle est aussi très sensible à leur odeur, leur confort... tout comme ses doudous finalement.

Mais tout à coup, au détour de la conversation, Tamara percute. Son obsession pour le tissu et leur texture
n’est peut-être pas si anodine qu’elle le croit. En effet, sa mère était restauratrice de textiles. De la robe
de mariée de Grace Kelly aux drapeaux Français du musée de Melun, depuis toute petite elle, a vu défiler
des tonnes de textiles chez elle. Parfois, lorsque sa mère avait besoin d’un mannequin, elle enfilait
les vêtements en cours de travail. Et, de temps à autre, elle posait avec des manteaux de chez Dior.
Et ça, « c’était l’ultime orgasme. »




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