Ceci n’est pas un doudou






Lorsque j’ai confié mon sujet de mémoire à Ylhan, 28 ans, il m’a proposé, pour m’aider,
de contacter un de ses amis, car lui-même ne possède pas de doudou. Il a « juste » un oreiller pour dormir,
qu’il garde depuis des années et qu’il ne partage pas. Mais pas de doudou. Pourtant, après l’avoir convaincu
de participer à mon projet, il s’est finalement posé des questions sur ce que représentai cet objet pour lui.
« C’est dur de mettre des mots dessus parce que je n’ai jamais pensé à l’importance de ce doudou ».
Tiens donc ! Il s’agit bien d’un doudou…




À l’âge de 11 ans, il a investi la chambre de sa grande sœur, sous les toits. Il avait enfin sa première chambre
à lui tout seul. Pour l’occasion, il a reçu un nouveau lit, de nouveaux draps et un nouvel oreiller.
Quelques années plus tard, Ylhan a brutalement perdu sa mère. Depuis ce jour, il est incapable de partager
l’oreiller qu’elle lui avait acheté, ni laver sa taie, qu’elle lessivait.

Ce n’est que vers 19 ans, lorsqu’il est parti au Canada et que ces sœurs ont voulu récupérer des affaires,
qu’il a admis que c’était réellement quelque chose qui lui appartenait. À l’époque ils se sont disputés,
car ses sœurs ne comprenaient pas pourquoi il ne voulait pas partager ce qui leur semblait
être un simple oreiller.

Ce doudou, selon lui, c’est « la sensation d’être à la maison ». Quand il entre dans sa chambre
et qu’il regarde son lit, avec son oreiller placé devant tous les autres, ça le réconforte. Il se sent à l’aise.
L’oreiller doit être frais lorsque Ylhan se couche dessus. Maintenant il n’a plus du tout de forme
et il n’est même plus confortable. « Il est horrible ». Il m’avoue même qu’il met en cause l’oreiller
lorsque des douleurs au dos ou à la nuque apparaissent. Ce coussin, il ne le prête pas, et quand sa copine
a le malheur de s’endormir dessus ça, ne l’émeut qu’à moitié. Un matin, elle s’est plainte d’avoir mal dormi
et il s’est dit que c’était son karma (bien fait !). Mais paradoxalement, il serait prêt à le prêter
si un proche en avait besoin. Car, cet objet qui a su le réconforter dans les moments les plus critiques,
il serait heureux de pouvoir en « donner cette même sensation » à quelqu’un dans la détresse.




Cet oreiller devenu informe avec le temps, n’a jamais été lavé car il risquerait de se désintégrer
dans la machine à laver. D’ailleurs, en réalisant le « taux de bactéries »
qu’il doit contenir, Ylhan est persuadé d’avoir développé un bon système immunitaire !